Province de Hainaut - Action sociale

Interview


"Une précarité de plus en plus présente"

Interview de Stéphanie Anciaux, directrice administrative du service provincial de santé mentale de Charleroi qui vient de faire peau neuve.


Quel est ton parcours professionnel à la Province ?


"Je suis arrivée en 1999 à la Province de Hainaut. Dès 2000, j’ai intégré le Centre de guidance psychologique de Courcelles. Ensuite, je suis allée à Charleroi à Tournai et je suis revenue à Charleroi comme directrice administrative il y a deux ans."

Quelle sont les missions d’un service provincial de santé mentale tel que celui de Charleroi ?


"La mission principale est de venir en aide aux gens via la consultation. Nous leur proposons un suivi thérapeutique ou du soutien. Nous réalisons également quelques missions d’expertises qui selon le décret, doivent être inférieures à 20 % du travail fourni. Dans le cadre de nos missions obligatoires, nous sommes tenus d’organiser régulièrement des réunions d’équipes pluridisciplinaires. Une petite dizaine de personnes travaillent dans le bâtiment : trois psychologues dont une pour enfant, un médecin, une logopède, une criminologue, trois assistantes sociales, deux secrétaires. On se met tous autour de la table. On discute des situations et des demandes rencontrées, afin d’envisager comment on va orienter nos patients. On échange également sur les diagnostiques pour lesquels la Région Wallonne nous impose de remplir des fiches épidémiologiques. Et bien entendu, nous abordons également les questions administratives."

Quels types de situations rencontrez-vous ?


"La Région wallonne impose un accueil de 9 à 17h mais nous recevons tous les jours ouvrables de la semaine de 8 à 18h. Et rien qu’en 2010, nous avions 1074 dossiers de patients ouverts dont 934 nouveaux. Ce qui représente actuellement une moyenne de 17 à 18 nouveaux dossiers par semaine, en plus des situations que nous suivons depuis un certain temps. Parmi ces dossiers, nous comptons les situations familiales, de couples ou individuelles concernant les adultes. Parfois, les parents nous consultent simplement car ils ont reçu une demande du PMS pour leur enfant et puis après analyse, on découvre une situation familiale précaire. Nous traitons également tous types de problématiques telles que dépressions et troubles anxieux. Seule la toxicomanie ne relève pas de nos compétences. Nous répondons aux demandes en matière de logopédie vu que nous disposons d’une logopède et aux demandes au psychiatre pour des suivis médicamenteux."

Etes-vous régulièrement en contact avec la précarité dans votre travail ?


"La précarité prend effectivement une place de plus en plus importante. Elle modifie notre travail et évolue progressivement. Si les gens ne savent pas se nourrir correctement, avoir un logement décent, prendre soin d’eux, assurer leur soin de santé, forcément au niveau psychologique, il est difficile de se sentir bien dans sa peau. Nos tarifs de consultation sont imposés par la Région Wallonne. Et récemment, nous avons dû les augmenter. Heureusement, la Région nous autorise à les adapter. Car les gens qui nous consultent sont très souvent dans le besoin. Nos tarifs sont de 10 euros mais avec l’accord de la Région wallonne, nous avons à Charleroi décidé en tant que thérapeutes de fixer des consultations à 5 euros ou d’accorder la gratuité en fonction des revenus des personnes. Chez le médecin et la logopède, nous avons choisi le montant de 5 euros. Et lors du premier rendez-vous, il y a 5 euros supplémentaires pour tout le monde pour l’ouverture du dossier."

Vos bureaux viennent de déménager. Quels avantages en retirez-vous ?


"En janvier 2011, nous avons changé de bâtiment. Nous sommes passés du bâtiment voisin à celui-ci, beaucoup plus moderne. Pour nous qui travaillons ici, ce nouveau bâtiment est beaucoup plus confortable. On dispose maintenant d’une salle de réunion avec cuisine. L’ambiance est plus conviviale et cela agrémente les relations entre collègues. Nous avons plus d’échanges, nous discutons plus aisément et spontanément des différents cas que nous rencontrons. C’est important. Nous avons aussi un lieu pour recevoir des acteurs extérieurs également et avoir des réunions. Pour nous le travail en réseau est très important. Par rapport aux patients, ils trouvent ce nouveau bâtiment plus joli et plus agréable. L’accueil de nos patients est très important."

Quels sont les projets à venir pour le SPSM de Charleroi?


"Nous avons deux missions : la première généraliste et la seconde relative aux AICS (auteurs d’infractions à caractère sexuel). Nous avons une criminologue et une psychologue à mi-temps chacune. Cette population ne peut être en contact avec les patients dits « généralistes », surtout les enfants. Pour l’instant, les consultations AICS ont lieu au n°7 à côté. On a demandé que ce bâtiment subisse quelques travaux de peinture pour que les enfants puissent être accueillis là-bas. On essaierait d’y faire un lieu de vie car il y a des pièces plus grandes où l’on pourrait mettre en place de la psychomotricité par exemple. On pourrait également mettre sur pied des ateliers de logopédie. Et les AICS et la population adulte resteraient dans le nouveau bâtiment que l’on occupe depuis un an."

A titre personnel, qu’aimez-vous dans votre travail de tous les jours ?


"Ce que j’aime dans mon travail, c’est d’aider les personnes qui vivent des situations fort lourdes et qui sont souvent dans la précarité. Je les apprécie beaucoup car elles disent les choses « cash ». Elles disent ce qu’elles pensent. Elles sont authentiques. C’est très gai car cela crée tout de suite une relation. Il y a du dynamisme dans les entretiens. Par ailleurs, mon travail est diversifié car je suis aussi directrice administrative. Cela me permet de me consacrer à d’autres choses comme la gestion d’équipe. Et ici on a une superbe équipe d’une dizaine de personnes, sans oublier notre auxiliaire professionnelle, qui fonctionne très bien au service de nos patients."

éditeur responsable : Freddy Sohier, maintenance du contenu : Service Communication,
date mise à jour : 11-6-2012, s'identifier